Éternité

Des cadenas, dont plusieurs avec les noms ou les initiales de couples, jonchent le sol. So, so sad. ;^)

Tout le monde croit que son histoire d’amour du moment va durer pour toujours.

— Tu te rends compte que, statistiquement et logiquement, c’est tout à faire improbable?

Je sais, je sais, je suis un brin rabat-joie. Mais j’ai raison.

broken loves, une image de George Agasandian (cc by-nd 2.0)

Ridicule

Elle prend un air coquin et me dit que j’aurai sûrement des choses à discuter avec la collègue avec qui je serai en équipe. Je hausse les sourcils en guise d’incompréhension. Elle précise que nous avons toutes les deux fréquenté le même collègue. Je procède — bêtement — à rétablir les faits: je n’ai pas fréquenté ledit collègue.

« Bêtement » parce que, des années plus tôt, lors d’une soirée entre amies, elle nous avait demandé comment on « trouvait » le collègue en question. Cette fois-là aussi avec un air coquin. Sans préciser qu’elle-même avait une liaison adultère avec ledit collègue.

Je suis naïve socialement. Les sous-entendus, l’ironie et le sarcasme, les mots d’esprit m’échappent plus souvent qu’autrement. Les manœuvres malicieuses aussi (peut-être même surtout). Ce n’est que plusieurs heures ou jours plus tard que je comprends que je me suis faite avoir, qu’on s’est joué de moi.

La semaine suivante, je fais une présentation à laquelle elle assiste. Le thème est pertinent alors je fais un Grégoire Ponceludon de Malavoy de moi-même: je raconte les deux épisodes et leur hypocrisie inhérente.

Je suis naïve socialement, mais je ne suis pas une cruche et j’ai un minimum d’amour-propre.

Mais

Plan rapproché de roches très inégales et irrégulières formant chaussée chaotique.

— On comprend, mais nous ne pouvons pas vous accommoder.

J’hésite entre différentes réponses possibles.

Tenter d’expliquer que mes demandes ne sont pas des caprices, mais bien des besoins liés à mes traits autistes. Tenter de faire comprendre les surcharges, les épuisements, les effondrements. Espérer très fort que ça change les choses pour moi cette fois-ci, la prochaine ou encore pour les autres qui sont dans des situations similaires.

Me mettre en tabarnac et péter une coche parce que j’en ai marre de répéter les mêmes explications à de nouvelles personnes ou aux mêmes personnes que la fois précédente dans une tentative futile d’obtenir des accommodements pour que le monde, ou tout simplement l’essentiel pour la vie de tous les jours, me soit accessible.

Laisser tomber et aller me réfugier dans mon casque anti-bruit et sous mes couvertures parce que c’est la ixième fois ce mois-ci, cette semaine-ci, ce jours-ci que je suis confrontée à un manque d’accessibilité et à un « pas possible » ou à une de ses variantes (« oui, mais », « vous comprenez, nous ne pouvons pas », etc.). Et que c’est crissement chiant et épuisant.

Le « ne pas pouvoir » me laisse plus souvent qu’autrement perplexe. Parce que d’autres, ailleurs, y arrivent, à m’accommoder. Ça prend un brin de bonne volonté et de créativité, mais c’est possible.

That’s called a « street », une image de yashima (cc by-sa 2.0)

#laVie

Un homme assis en tailleur tient un livre à la main, son visage illuminé et son expression intéressée. Il lévite à quelques dizaines de centimètres du sol. Sur un mur à la hauteur de sa tête, un mot: enlightenment.

— Tu devrais écrire un livre!

Ce que je lui dis n’est pas nouveau. Je l’ai lu dans des livres et articles écrits par des autistes ou sur l’autisme. Plusieurs livres. Plusieurs articles. Pas des trucs obscurs de scientifiques universitaires.

La chose ne me chatouillerait pas trop si je m’adressais à une, un quiconque lambda. Mais j’ai, en face de moi, une ressource spécialisée du système de santé.

Ça tilt dans ma tête. Je croyais que l’identification officielle en tant qu’autiste me permettrait d’obtenir de l’aide. Niet. Les gens qu’on assigne à mon dossier en connaissent mille fois moins que moi sur l’autisme, quand ce n’est pas tout simplement que dalle.

J’hésite entre le soupir de découragement et me mettre en beau joual vert.

126/365. Levitation – Enlightenment, une image de Anant Nath Sharma (cc by-nc-nd 2.0)

#lesGens

Je demande au groupe de l’information sur les exemptions médicales pour le port du masque.

J’ai quelques réponses pertinentes. Et utiles.

Puis quelques opinions. Pro ou anti masques. Pas très utiles.

Des témoignages d’expériences personnelles. Pas très utiles non plus. Mais bon…

J’ai aussi droit à des leçons de civilité. Pas du tout utiles. Et chiantes.

Un type précise qu’il ne me laisserait pas entrer dans un commerce. Va jusqu’à affirmer qu’on devrait être en mesure de vérifier officiellement le statut médical des personnes visées par l’exception de port d’un couvre-visage dans le décret gouvernemental.

— Veux-tu aussi qu’on me tatoue mon numéro de RAMQ sur le bras?

Avoir l’air

L'image compare deux enseignes apposées à l'entrée de deux espaces, un à Mexico et un à Bruxelle. L'explication de l'image est disponible en suivant le lien vers l'original à la fin du texte, mais, en gros, il est question de discrimination subtile.

— T’as pas l’air autiste!

J’espère ben, câlisse! Parce que, quand j’ai l’air autiste, vous êtes à deux doigts de me mettre à l’asile définitivement. Pis quand je demande des mesures pour que le monde me soit accessible, vous me servez des discours néolibéraux qui sont à deux doigts de la logique des camps de concentration.

not so different point of views on things, une image de Dimitri dF (cc by-nc-nd 2.0)

Aimer

Graffiti sur un mur indiquant que Jade aime Dan, daté de 2007

« Je t’aime. »

Une personne le dit à une autre personne. Nerveusement. Après avoir préparé sa déclaration pendant des jours, voire des semaines. Attendant un « moi aussi » en retour. Qui viendra ou pas. Ou: l’énonce spontanément alors qu’elle ne l’avait pas prévu. Au moment de jouir, par exemple. Ou juste avant de raccrocher le téléphone après une conversation tout ce qu’il y a de plus banal. L’amour est un dispositif littéraire et cinématographique vieux comme le monde. Cliché.

D’autres l’utilisent à la va-comme-je-te-pousse. Café, au revoir, bec, « je t’aime ». Fermeture de la lampe de chevet, « bonne nuit », « je t’aime ». Texto « j’arrive dans 5 minutes », « je t’aime ». « Chérie, passe-moi le sel », « je t’aime ».

L’expression me laisse complètement froide. Peut-être parce qu’elle est trop jouée. Ou usée.

L’attachement, l’attirance, l’affection, le respect que je peux éprouver pour les autres me semblent mériter mieux, comme expression et représentation, qu’une joute oratoire ou une fonction phatique.

Toilet declaration of love, une image de hoxtonchina (cc by-nc-nd 2.0)