Regrets c. regrets

Regret, une image de Joe Lodge (cc by 2.0). Description de l'image: au premier plan, les doigts d'une main tienne un objet flou en forme de L inversé; à l'arrière plan, complètement flou, un corps sur le sol d'un boisé. Pas de coco de pâques cette fois-ci, le commentaire de la photo étant imbattable.

Elle a demandé si j’avais des enfants. J’ai répondu que non.

— Est-ce que tu regrettes?

— Non. Toi?

— Moi? J’ai des enfants, moi!

— Et est-ce que tu regrettes d’en avoir?

Pour une raison que je m’emploie à volontairement ignorer parce que je la considère hétéronormative et patriarcale, les gens touvent que ma question est déplacée, mais pas la sienne.

Regret, une image de Joe Lodge (cc by 2.0)

Ignorance is bliss

Talk to the hand!, une image de Shayon Pal (cc by-sa 2.0). Description de l'image: une main de femme tatoué au henné cache son visage parce qu'elle ne veut pas être prise en photo. Coco de pâques: not cool, Shayon, to take someone's photo when the person doesn't want it. It's a form of violence and abuse.

Je te croise encore parce que nous travaillons dans la même boîte, parce que tu es maintenant mon voisin, parce que tu te pointes à ma porte sans invitation. J’ai été ton employée, nous nous sommes fréquentés, je suis la chair de ta chair, le sang de ton sang (tes mots, pas les miens). J’ai mis un terme à notre relation parce que: le harcèlement, la violence, la méconnaissance, le narcissisme, la manipulation, l’abus de pouvoir, etc.

Je choisis de t’ignorer. Mais tu ne veux pas te laisser ignorer. Tu t’obstines à me saluer. Avec ta gueule de chien battu, ton air entendu et suffisant, tes yeux de mater dolorosa. Cette fois-ci, j’en ai marre.

– Coudonc, crisse, peux-tu ben m’laisser t’ignorer en paix, câlisse?

Et ne pas répéter le harcèlement, la violence, la méconnaissance, le narcissisme, la manipulation, l’abus de pouvoir, etc. en ne me permettant pas de t’ignorer maintenant que je me suis tirée de notre foutue relation toxique, sacrament?

Talk to the hand!, une image de Shayon Pal (cc by-sa 2.0)

Une dérive en mode autiste

landing, une image de Cloudtail the Snow Leopard (cc by-nc-nd 2.0). Description de la photo: en très gros plan, une abeille est sur le point de se poser sur une fleur de bardane. Coco de pâques: j'ai aussi tenté une recherche avec les termes "plante qui ressemble à un troll" sans grand succès pour identifier le fluffy derrière la station Saint-Laurent. Cocon, je compte sur toi pour trouver le nom quand on l'aura vu.

Cher coconspirateur,

La teneur de nos dérives communes a changé depuis que je suis autiste moi aussi (ça m’amuse vraiment terriblement beaucoup de le dire comme ça!). J’aime beaucoup qu’on tâte du végétal à tour de bras et qu’on laisse nos corps exprimer librement leur plaisir, dégoût et autres sensations qui en découlent. Les tentatives de descriptions verbales desdites sensations me réjouissent aussi énormément. Nous ne sommes peut-être pas des abeilles (#citationSauvage!), mais nous sommes des butineuses urbaines avides.

J’aime beaucoup aussi que ton autisme à toi déterritorialise le mien. Que tu me fasses découvrir, le long d’un parcours que je connais par cœur et dont je ne déroge presque plus jamais sinon en maugréant à cause des travaux de réfection, des ruelles aux charmes exceptionnels. Qu’on prenne un moment pour saluer virtuellement la covacancière adorée dans la ruelle Cachalot. Qu’on lève chacune, chacun un sourcil devant les bouteilles renversées utilisées comme décoration de plate-bande dans la même ruelle. Qu’on plaigne le chat au fabuleux pelage d’ocelot que sa maîtresse promène en laisse. (En y repensant, je me dis que le regard de chaussée offre une possibilité de pendaison qui n’était peut-être pas étrangère à son insistance pour y rester blotti tout en miaulant la fin du monde?)

J’ai très hâte qu’on refasse le parcours Juliette ensemble pour que je puisse te montrer les fluffy derrière la station Saint-Laurent. J’ai passé un moment dans le Web à tenter de trouver leur nom. « Herbe qui ressemble à des cheveux de bébé » ne mène pas aussi directement à un nom de plante que « pic pic plante » à « bardane ». Il faudrait définitivement faire un herbier tactile de la flore montréalaise pour m’aider à identifier celle que je croise.

landing, une image de Cloudtail the Snow Leopard (cc by-nc-nd 2.0)