Interruptions

S.C.U.M. HQ?, une image de Marc Jones (cc by-nc-nd 2.0). Description de l'image: accrochée aux portes vitrées de l'entrée d'un bâtiment, une pancarte indique "Not open to man". Coco de pâques: en réponse à Marc Jones: scums headquarters are everywhere, we need S.C.U.M. HQ where they are not welcomed and we can be in peace.

Je suis avec ma chum Diane et on discute joyeusement. Il nous interrompt.

Il a un sourire de prédateur stupide. Le genre que les vieux mononc’ cochons se mettent dans la face pour avoir l’air gentil et drôle alors que la seule chose qu’ils veulent, c’est de mettre leurs grosses mains sales dans la culotte de leur nièce pas encore assez vieille pour comprendre ce qui se passe.

Il nous sort un flirt digne des années 1950. Le gros de son argument est qu’il ne saurait laquelle de nous il voudrait marier tellement nous somme belles toutes les deux.

J’interromps son manège rapidement en indiquant qu’on ne veut pas discuter avec lui. Il ne perd pas tout à fait la face.

— Vous ne savez pas ce que vous manquez!

On sait très bien ce qu’on « manque »: des dizaines d’autres remarques grasses sur notre apparence physique, probablement une main posée sur le bras ou sur la cuisse, de fausses confidences chuchotées pas tout à fait dans l’oreille avec une haleine de boeuf, des questions indiscrètes, une requête poche du type « Envoye donc, un p’tit bec pour Roland! », etc. Ad nauseam.

On sait très bien ce qu’on manque. On s’en passe volontiers.

S.C.U.M. HQ?, une image de Marc Jones (cc by-nc-nd 2.0)

 

Palimpseste

Phasme feuille, une image de Sylvain Gamel (cc by-nc 2.0). Description de l'image: photo en plan rapproché de feuillage, sur lequel, si on est perspicace, on aperçoit un phasme feuille, insecte qui prend l'apparence de son environnement. Coco de pâques: en écrivant ce texte, je me suis donné envie de mettre dorénavant des easter egg textuels dans mes descriptions d'images. Stay tuned, happy fews!

J’ai déjà pondu un ou deux paragraphes sur mon usage des photos des autres dans mes textes et sur les enjeux sémantiques de cet usage. À cette époque, je n’écrivais pas systématiquement des textes alternatifs pour les images. Ce que je fais maintenant. Ces textes n’apparaissent pas à l’écran, mais existent dans le code. C’est une mesure d’accessibilité universelle.

Je n’ai pratiquement jamais publié sur papier. À une époque, j’étais même pas mal versée en littérature numérique. Je me suis trouvée barbante à un moment avec mes oeuvres codées complexes et je suis revenue à une forme qui, bien que publiée en ligne, relevait, de mon point de vue, de la littérature traditionnelle, puisqu’elle pourrait aussi exister sur papier. Ce n’est plus tout à fait vrai.

Avec le coconspirateur, quand on présente la #dérive(s), on dit de ce projet collectif qu’il est à la limite inférieure de la littérature numérique. Il ne peut pas exister en format papier uniquement, mais il n’exploite pas particulièrement les nombreux dispositifs offerts par le numérique pour la littérature.

Lorsque je pense aux textes alternatifs pour les images dans mon travail solo, je crois qu’il s’agit d’un seuil de la littérature numérique encore plus minimal que celui atteint par la #dérive(s). Cette partie du texte n’est accessible que pour les gens qui regardent le code ou utilisent des outils d’accès au Web qui interprètent et traduisent pour eux les contenus visuels. En format papier, elle n’existe pas.

À une autre époque, avec la psychopathe bien-aimée, j’avais fait le projet de programmer une oeuvre de littérature numérique qui n’aurait été accessible qu’à celles et ceux qui seraient en mesure d’interpréter un texte présenté à l’écran avec une police de caractères braille et récité en mode écoute extrêmement rapide. Question d’illustrer les problèmes d’accessibilté dans le Web.

Comme beaucoup de mes projets, celui-ci est demeuré lettre morte (la littérature numérique, il faut la programmer: c’est chiant). Mais quelques échos résonnent dans mon usage actuel des textes alternatifs. Plusieurs n’y accéderont jamais. Les autres sont mes happy fews à moi.

Phasme feuille, une image de Sylvain Gamel (cc by-nc 2.0)